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L’altérisation de la pluralité sociale via la rhétorique de «la diversité» dans le discours d’organisations françaises : une analyse sémio-communicationnelle

Bruneel, Emmanuelle.
L’objectif de cet article est de rendre compte de la manière dont la notion de « diversité » est utilisée en France afin de traiter de la problématiquede la pluralité sociale. Il s’agit en particulier de montrer en quoi la rhétorique de « la diversité » reconfigure les tenants et les aboutissants des questions relatives aux « différences » ethno-raciales. L’analyse de discours de « responsabilité sociétale et environnementale » (RSE) d’organisations qui la mobilisent permet d’interroger « la diversité » à l’aune de ce qu’elle entend représenter. L’analyse sémio-politique proposée s’inscrit en sciences de l’information et de la communication et vise à mettre au jour certaines énonciations sociales et certaines médiations dont « la diversité » fait l’objet. Mobilisée dans les discours institutionnels via des expressions telles que « promouvoir », « respecter » ouencore « inclure la diversité », cette formule ambiguë semble prendre en charge l’idée de pluralité « des différences » et dire […]

Diversité et « super-diversité » dans les arènes académiques : pour une approche critique

Doytcheva, Milena.
En prenant comme point de départ l’émergence du concept de (super-)diversité dans les arènes politiques et académiques, l’article met àl’épreuve les changements théoriques et épistémiques allégués, liés à ce nouveau paradigme (Vertovec 2007) dans l’étude des phénomènes de pluralisme culturel et de « multiculture » (Back 1994 ; Hall 1999). Nous commençons par étudier de manière critique les principales innovations revendiquées, en les replaçant dans le contexte plus large d’un « retour » annoncé de l’assimilation (Brubaker 2001). Nous envisageons ensuite une deuxième source de mise à l’épreuve, fondée sur des arguments empiriques, issus d’enquêtes sur les politiques publiques quis’attachent à la mise en oeuvre de ces idéaux. Nous évoquons pour conclure l’hypothèse d’un « blanchiment » (Bilge 2013) de la diversité et interrogeons la possibilité d’investir la notion de manière non plus normative, mais critique, en l’articulant plus fortement à celle de non-discrimination.

Paradigmes subversifs du sujet dans la photographie et les écrits de Nan Goldin : Pluralité humaine et révisions épistémologiques

Grué, Mélanie.
Cet article croise les discours sur le sujet, la sociologie de la photographie et l’oeuvre de Nan Goldin, et soutient que la photographe interrogeles paradigmes de genre menant à la définition d’identités « abjectes ». En réinvestissant l’esthétique de l’instantané et de la photographie de famille, Goldin rend compte de la pluralité des identités de genre. Sa photographie documente le délitement du couple hétérosexuel et revendique la viabilité des identités homosexuelles, des transgenres et des drag queens, s’érigeant en savoir minoritaire et en contre discours sur l’humain.

Pluralité des points de vue et connaissance d'une réalité plurielle. En suivant Jean-Pierre Darré

Compagnone, Claude.
Le but de cet article est de rendre compte de la façon dont desconceptions plurielles de la réalité sont inhérentes au processus de connaissance.Il vise aussi à montrer comment on peut entendre que les points de vue des acteurs sur cette réalité sont socialement et objectivement situés. S’appuyant sur l’approche de J.-P. Darré, sur le néopragmatisme de H. Putnam, ainsi que sur les travaux de linguistes et de psychologues, il éclaircit la façon dont on peut entendre le rapport qui peut être établi entre réalité et connaissance. Il souligne que la vérité dépend de l’adéquation de la connaissance à la réalité et met en valeur les propriétés interactionnelles des choses. Il fait ensuite apparaître la nature sociale des conceptions et discute, à partir de la notion de point de vue de A. Schütz, de la caractérisation sociale de ces points de vue.

Une pensée de la relation : Franz Boas et le concept de « type »

Joseph, Camille.
Cet article se propose d’examiner le concept de « type » dans le travail de Franz Boas (1858-1942). À partir d’une lecture des principaux textes del’anthropologue consacrés à l’anthropométrie, cet article expose la manière dont il s’est servi des méthodes statistiques pour détourner l’anthropologie physique de ses objectifs taxinomiques et mettre en avant une pensée de la relation fondée sur la variation et les phénomènes de corrélation. Boas préfère penser les « types » au pluriel pour mieux observer les jeux d’emprunts et de mélanges qui se manifestent dans les limites de la plasticité humaine.

Pour une approche cosmopolite de la globalisation

Cicchelli, Vincenzo ; Octobre, Sylvie.
Le cosmopolitisme a une histoire ancienne et cyclique. Souvent désigné sous le terme de néo-cosmopolitisme, son usage dans le contexte actuelsoulève une série de difficultés tant conceptuelles que méthodologiques. Pourtant, en traduisant sociologiquement d’anciennes matrices philosophiques, cette perspective propose une grille d’analyse inédite des phénomènes propres à la globalisation qui permet de sortir d’une vision purement économique de cette dernière en considérant les transformations politiques, éthiques, culturelles, esthétiques du rapport à autrui dans le monde global. En nous inscrivant dans le «tournant cosmopolite» – qui suppose une refondation des concepts, outils et méthodes –, nous proposons un cadre théorique fondé sur l’analyse de trois plans d’observation : les dynamiques de la culture cosmopolite, les institutions de la gouvernance cosmopolite, les mécanismes de la socialisation cosmopolite.

Face au non-événement : réflexions à partir d’une expérience de terrain à Alger

Serres, Thomas.
Cet article s'intéresse à la production et à la réception d'un non-événement, à partir de l'exemple des élections présidentielles algériennes de 2014. Le non-événement y est décrit comme le produit d'une publicisation, d'attentes des observateurs et des acteurs qui anticipent une trajectoire révolutionnaire ou catastrophique, mais aussi de certaines activités routinières liées à la configuration politique. Si le non-événement n'est pas une rupture, il révèle néanmoins la complexité des structures sociales et des imaginaires collectifs. Dans le même temps, il nécessite aussi une prise de distance afin de pouvoir saisir des phénomènes moins spectaculaires qu'il tend à cacher

Épistémologie de l’exception

Ermakoff, Ivan.
Cet article éclaire trois contributions possibles du cas d’exception défini comme tout objet de considération qui se démarque et se distingue d’un cadre normatif, d’une thèse explicative ou d’une distribution fréquentielle. La contribution est critique lorsque le cas met en doute les fondements d’une taxonomie, le bien-fondé d’un énoncé prédictif ou celui d’une modélisation. Elle est paradigmatique dès lors que le cas exemplifie un ensemble de propriétés caractéristiques d’une classe empirique. Elle devient heuristique à partir du moment où le cas rend visible la logique de rapports restés jusqu’alors non documentés

Musique, religion, appartenances multiples : une approche de l’événement

Salzbrunn, Monika.
Partant d'un retour critique sur le concept d'évènement, l'auteure opte pour une approche épistémologique novatrice : plutôt que de partir de groupes institutionnels prédéfinis, elle étudie les manières dont le religieux fait évènement dans la région transfrontalière de l'Arc Lémanique. Il s'est avéré que la musique prend une place centrale dans l'expression d'appartenances translocales. Le texte, fondé sur les résultats d'un projet de recherche sur l'« Islam (in)visible en ville », montre comment la diversité des références culturelles représentées dans cette région suisse est mise en musique par les acteurs. Le processus de recherche commence par une focale sur l'événement et l'analyse des acteurs qui y mettent en scène leurs appartenances. Ces événements festifs sont restitués dans leur contexte politique, géographique et social.

« En eschauguette en sa propre maison »Réflexions sur le terrorisme comme guerre civile - L'exemple des guerres de Religion (1562-1598)

Foa, Jérémie.
La présente contribution se propose de réfléchir aux problèmes rencontrés par une société confrontée à la présence – réelle ou fantasmée – d’un « ennemi intérieur » prêt à frapper n’importe où, n’importe qui, tapi dans l’indolence, la banalité, la routine et le confort du quotidien. Dans cette société, la reconnaissance d’autrui et la présentation de soi n’ont plus pour but de protéger l’honneur social mais engagent des questions de vie ou de mort. Quelles sont les compétences mobilisées pour débusquer les « suspects » ? Les guerres de Religion (1562-1598) peuvent aider à penser une société confrontée à l’irruption d’une violence soudaine et, à l’image du terrorisme, venue de l’intérieur de la communauté

Les institutions de la stupeur. Retour sur les sociologies de l’événement

Mitsushima, Nagisa.
L’événement, généralement attaché à la contingence et à l’inédit, semble en réalité soutenu par une solide armature institutionnelle, laquelle contraint largement les pratiques des acteurs et les usages qu’ils pourront faire de l’évènement. A partir d’une revue de littérature, l’article plaide pour une meilleure prise en compte, par les sciences sociales, des dimensions historiques et conventionnelles de l’événement. En avançant une série de propositions pour saisir cette infrastructure des événements, l’article entend spécifier une modalité complémentaire d’analyse de l’objet « événement », au prisme de la sociologie historique et de la sociologie des institutions.

Les « villages d'insertion » : un événement territorial ? Quand la géographie sociale fait sienne la notion d'événement pour étudier les politiques urbaines

Roche, Elise.
L’événement a fait l’objet d’attentions diverses en histoire et en sociologie notamment. Nous proposons ici d’examiner en quoi une approche géographique de l’événement - par une saisie territoriale, et non seulement temporelle ou sociétale - viendrait enrichir son appréhension. Nous envisageons ici l’« événement territorial » en l’appliquant à un cas d’étude : la construction de villages d’insertion à Saint-Denis. Ces dispositifs sont à destination de populations migrantes désignées comme « Roms » par les acteurs locaux, qui rencontrent des difficultés spécifiques liées notamment aux conditions de leur migration. Nous examinerons trois aspects de l’événement territorial : la rupture d’intelligibilité qu’il occasionne et la surprise face à une organisation territoriale inédite ; la pluralité de territorialités et de temporalités qu’il met en lumière et son caractère situé et contextualisé ; la discontinuité qu’il traduit dans l’approche territoriale du traitement de l’habitat spontané […]